C’est un sujet passionnant qui définit l’identité d’une région entière. Voici une exploration exhaustive des fêtes maures et chrétiennes, en mettant l’accent sur leur essence, leur histoire et leur réalité vibrante sur la Costa Blanca.
L’âme de la Costa Blanca : les Maures et les chrétiens
Les festivités des Maures et des Chrétiens ne sont pas que des défilés ; ils sont le cœur battant de la Méditerranée espagnole. Surtout dans la province d’Alicante et la Costa Blanca, ces célébrations transforment les villes en décors épiques où histoire, légende et dévotion religieuse se mêlent dans une explosion de couleurs, de poudre à canon et de musique.
1. L’origine : Histoire, Légende et Religion
La base historique de la fête est la Reconquista, une période de plusieurs siècles durant laquelle les royaumes chrétiens luttèrent pour reprendre le contrôle de la péninsule Ibérique face à la domination musulmane. Cependant, ce que nous voyons aujourd’hui dans les rues est une réinterprétation romantique et théâtrale de ces événements.
Le patronage et le miracle
Presque toutes les festivités sont célébrées en l’honneur du saint patron de la ville. Le cas le plus emblématique est celui d’Alcoï, où l’intercession de saint Georges en 1276 pour défendre la ville contre l’attaque des troupes d’Al-Azraq est commémorée. La fête est donc, à la racine, un acte de gratitude religieuse qui s’est transformé en un immense spectacle culturel.
La structure du festival
Bien que chaque commune ait ses variantes, la plupart suivent un schéma de trois jours clés :
- Billets : Les grands défilés des armées mauresques et chrétiennes.
- Les ambassades : Des actes où des textes poétiques sont récités et des dialogues provocateurs ont lieu entre les dirigeants des deux camps pour exiger la reddition du château.
- La lutte et la reconquête : Des batailles simulées contre les arquebusiers qui culminent avec la victoire finale des chrétiens.
2. Le tissu social : Les Filaes et les Comparsas
Le festival n’existerait pas sans les Filaes ou les Comparsas. Ce sont des groupes qui fonctionnent comme des clubs sociaux tout au long de l’année.
- Identité et famille : Être membre d’une rangée est souvent un héritage familial. Les enfants sont enregistrés à la naissance et grandissent au sein du comparsa.
- Les casernes ou Kabila : C’est le siège physique du groupe. Pendant les fêtes, ces lieux deviennent le centre nerveux où l’on mange, boit et renforce les liens d’amitié. C’est l’endroit où se vit la « fête intérieure », à l’abri des regards des touristes.
3. L’art du costume : entre l’histoire et la fantaisie
Les costumes sont, peut-être, l’élément le plus frappant. Sur la Costa Blanca, le design de ces costumes a atteint des niveaux de haute couture.
Évolution du design
Autrefois, les costumes étaient de simples uniformes militaires. Aujourd’hui, surtout du côté mauresque, le style « Fantasia » prédomine.
- Matériaux : Des cuirs embossés, des métaux (laiton, cuivre), des peaux exotiques, des soies et des milliers de perles cousus à la main sont utilisés.
- Charges spéciales : Les capitaines et porte-drapeaux portent de nouveaux costumes qui sont des œuvres d’art authentiques et peuvent coûter des dizaines de milliers d’euros. Son design est généralement gardé dans un secret absolu jusqu’au jour du spectacle.
Qui fabrique les costumes ?
Il existe une industrie artisanale très puissante dans des villes comme Villena, Elda et Alcoy.
- Artisans et couturières : Il existe des ateliers spécialisés qui travaillent exclusivement pour le groupe, allant des dessinateurs de croquis aux experts en métallurgie.
- Loyer : En raison du coût élevé d’un nouveau costume, le marché locatif est énorme. Un costume peut voyager à travers la province, étant utilisé par différentes personnes à différentes dates.
4. Les sens : poudre à canon et musique
Il est impossible de comprendre ce festival sans odorat (soufre) et sans ouïe (musique).
La Poudre à Canon (La Vantardise)
L’arquebusier, c’est le son de la guerre. Des milliers de kilos de poudre à canon sont tirés dans les « Alardes », où les festeros utilisent leurs arquebuses (boules de bouche) pour remplir les rues de bruit et de fumée blanche. Cela représente la chaleur de la bataille et constitue une partie viscérale de l’expérience.
Musique festive
La musique est le moteur qui marque le rythme des défilés de mode. Il existe trois genres principaux :
- Le Pasodoble : Joyeuse et légère, portée principalement lors de défilés informels et du côté chrétien.
- La Marche mauresque : Lent, majestueux et avec des influences orientales. Cela permet aux escouades de défiler avec un balancement rythmique caractéristique appelé l’arrenca.
- La Marche chrétienne : Épique et puissant, il rappelle les bandes originales de films médiévaux, évoquant la force des chevaliers.
5. Gastronomie : Le goût de la fête
La fête est un test d’endurance physique, et la nourriture est le carburant nécessaire. Sur la Costa Blanca, certains plats sont sacrés :
- Olleta Alcoiana : Un ragoût copieux de haricots, tiges, porc et boudin noir. C’est le plat vedette pour retrouver des forces.
- Riz avec croûte : Typique de la région d’Elche et de la Vega Baja ; Riz cuit au four garni d’une croûte d’œuf panée.
- Le « mensonge » : Une boisson classique d’Alcoy qui combine liqueur de café avec granita au citron. C’est rafraîchissant mais dangereux en raison de sa forte teneur en alcool.
- Putxero avec Piles : Le ragoût traditionnel de la région avec ses boulettes hachées caractéristiques et ses épices.
6. Vivre la fête : le point de vue du Festero
Pour le visiteur, c’est un spectacle visuel. Pour les locaux, c’est un sentiment.
Le moment de l’Entrée est le point culminant. Après des mois de répétitions et un investissement économique important, le festero se dirige vers la rue principale. La fierté de représenter son camp, la chaleur de la foule et le rugissement de la fanfare derrière lui créent une catharsis émotionnelle. Il n’est pas rare de voir des hommes et des femmes pleurer d’émotion en défilant.
7. Municipalités majeures de la Costa Blanca
Bien que presque chaque ville ait son festival, certaines se distinguent par leur ampleur :
| Municipalité | Caractéristique principale |
| Alcoy | Le berceau du parti moderne. Il se distingue par sa rigueur historique et musicale. |
| Villena | L’un des plus nombreux, avec des milliers de participants à ses défilés. |
| La Vila Joiosa | Unique pour son débarquement, une bataille navale et terrestre sur la plage à l’aube. |
| Elda | Célèbre pour la spectacularité de ses costumes et son lien étroit avec l’industrie de la chaussure. |
| Alicante (Barrios) | Des quartiers comme San Blas ou Altozano maintiennent la flamme vivante dans la capitale elle-même. |
Conclusion
Les Maures et les Chrétiens de la Costa Blanca sont un triomphe de l’art populaire et de l’esprit communautaire. Ils prouvent que l’histoire ne reste pas dans les livres, mais sort dans la rue, s’habille de soie et de métal, et explose sous forme de poudre à canon. C’est une célébration de l’identité méditerranéenne : une terre qui est le fruit du mélange de cultures, de conflits et, enfin, de coexistence.


